Actuarchi et la presse.

Une info à partager ?

Les lecteurs qui ont lu mon article de bonne année ne seront guère étonnés de cette nouvelle, actuarchi franchit aujourd’hui le cap de l’abonnement payant. Je lis déjà les mécontentements, mais permettez-moi de vous en expliquer les raisons.

Pourquoi le passage au payant ?

Le web est loin d’être gratuit, beaucoup l’ignorent malheureusement.

Depuis que j’ai commencé en 2009, j’ai cumulé les frais. D’abord avec les erreurs du débutant, un logiciel pro avec un prix de pros. Ensuite, je me suis ouvert aux CMS (WordPress en l’occurrence), mais encore une fois, si la structure est gratuite, il faut payer les fondations et les façades.

Vous me direz qu’il existe toujours une alternative gratuite par ici et par là. Peut-être, mais pour obtenir un rendu de qualité et fonctionnel, il n’y a rien de gratuit. De plus, je cultive depuis le début ce goût de l’innovation à essayer de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux services. Certains sont des échecs, d’autres des réussites.

En ce qui me concerne, j’ai toujours essayé de proposer un site de qualité et qui suit les évolutions du numériques. C’est ce qui m’a poussé dernièrement à cette nouvelle version, en responsive design, s’adaptant ainsi aux smartphones et tablettes. J’ai également oublié les bons vieux hébergements mutualisés d’OVH pour les serveurs haut de gamme de gandi afin d’améliorer considérablement le temps de chargement des pages dû encore une fois à ma générosité en terme de documents graphiques.

Si je dois faire aujourd’hui le bilan sur mes dépenses, en prenant en compte l’achat de logiciels, de plugins, d’hébergement, de frais de domaine, de domiciliation (et oui, je ne tiens pas à afficher l’adresse de mon logement publiquement), j’arrive à proximité des trois milles euros. Il est temps pour moi de trouver une solution afin d’une part, de faire fonctionner le site sans frais et d’autre part de continuer à le faire évoluer. Un nouvel espace agenda avec filtrage mêlant date et géolocalisation avec publication depuis l’espace membre est certainement le prochain projet.

L’information n’est pas gratuite.

Outre mes petites finances personnelles, je souhaite défendre l’idée que l’information ne peut être gratuite. J’entends l’information de qualité et non les reformulations des dépêches AFP. C’est évident pour la presse papier mais moins pour la presse numérique. Pourtant, contrairement aux idées reçues, c’est loin d’être moins coûteux lorsque l’on souhaite proposer un service de qualité. Prenons l’exemple des applications pour smartphone, leur coût de développement est similaire à celui d’un site internet, en revanche, il en faut une pour Android, une pour Windows, une pour iOS et éventuellement une pour Blackberry. Ensuite, pas de chance, les systèmes d’exploitation évoluent. Quand vous vous appelez Google et que vous êtes le leader incontestable et que vous publiez une nouvelle version tous les trois mois, vous en donnez du travail aux chers informaticiens, bien payés contrairement à d’autres. Si vous faites les calculs, vous n’aurez pas moins de frais mais vous aurez moins de recettes.

Depuis quelques années, on ne cesse de baisser les prix de la publicité sur internet, peut-être que des sites comme Facebook, ou le moteur de recherche Google influence cette tendance, c’est même certain. Dans le secteur plus réservé de la construction, l’apparition de plateforme en langue anglaise sans journaliste n’a pas arrangé les choses. Je me souviens encore en 2009, lorsque j’ai découvert ce site chilien qui prétend aujourd’hui être le leader mondial. Ses fondateurs se présentaient comme une équipe de prestige d’architectes. Ils ont certes un diplôme, mais après recherche de leurs CV, il s’avère qu’ils n’ont jamais exercé. Je peux comprendre ce choix d’orientation, je n’ai rien contre. En revanche, lorsque je suis tombé sur un plan identique à celui que j’avais publié sur mon site quelques semaines auparavant, je me suis posé des questions. Ce plan, je l’avais moi-même mis en page avec le fichier AutoCad que m’avait fourni l’architecte en l’allégeant de certains layers de cotations et de flux de gaines techniques. De plus, il s’avère que les fichiers avaient le même nom, étonnant non ? Moins que la très forte similitude des projets publiés sans parler des premiers projets identifiés comme étant à Paris (pour l’audience) alors qu’ils étaient en dehors de l’Île-de-France. Je trouve ce site particulièrement lamentable et à titre personnel, je ne pointe plus ma souris dessus depuis plus d’un an. Alors s’il vous plaît, vous architectes qui m’envoyez des mails en me disant que vous venez de livrer un projet et que je peux le découvrir sur une de ces plateformes, sachez que c’est le meilleur moyen pour que je place directement votre mail dans ma corbeille.

Certes, je suis attristé par ces sites, nos chers éditeurs français ne font malheureusement pas mieux. Désolé d’offenser certains, mais je ne comprends pas pourquoi le Groupe Moniteur s’obstine à foncer droit dans le mur.

La stratégie de ce leader est tout à fait contraire aux enjeux et au marché de l’information numérique. Tout d’abord la différence de prix entre papier et web est importante. Comptez 7 050 € pour une pub d’une page dans AMC (13 216 diffusion OJD), alors que pour le site internet, prévoyez un CPM (coût pour mille impressions) de 60-70 € pour le site LeMoniteur.fr pôle architecture (110 000 visiteurs – 750 000 pages vues). Certes, il y a bien plus de visiteurs que de lecteurs papier, rien d’étonnant, mais je vous invite à comparer le coût pour toucher 1000 lecteurs papier et 1000 visiteurs web, vous pouvez ensuite le pondérer avec le poids du rapport de visite mais aussi de la consistance de publicité (3 bannières sur le site ; 36 pages de pubs dans l’AMC que j’ai dans les mains). J’exclue les offres qui regroupent le papier et le web, heureusement… II est évident que l’un génère plus de publicité que l’autre. Je pense qu’il est important dès maintenant de mettre en place des modèles qui économiquement fonctionnent, car derrière ces sociétés en déclin, c’est la qualité de l’information qui disparaît.

Ensuite, je ne comprends pas leur politique de prix. Le Groupe Moniteur met à disposition au sein de son site la version numérique du Moniteur (309 € pour 52 numéros). Parallèlement, il le propose également sur relay.com, il est éligible à l’offre 10 numéros pour 9.90 € par mois, soit, 118.80 € par an sans compter que l’on peut ajouter d’autres magazines comme Le Moniteur des Entrepreneurs pour le même prix. Aucune offre pour AMC où c’est 25 € le numéro/150€ l’abonnement sur leur site.

Alors, je sais que beaucoup d’éditeurs regardent le web comme un nouveau marché prometteur avec peu de concurrents. Ils savent également que le salon Batimat (qui vous sera probablement promu sur actuarchi) arrive à grands pas. Pas de chance une nouvelle fois, ils ne sont pas les seuls à s’être rendu compte de cet évènement et du potentiel à faire parler de leur nouveau site d’information à ce salon où seront réunis plus de 400 000 professionnels. Chacun avance de son côté, en mettant en place un modèle qui, même sans concurrent, n’est pas viable économiquement car gratuit. Je n’ose imaginer avec des concurrents, mais j’invite chacun à regarder Le courrier de l’architecte pour commencer. En 2011, le site affiche 15 000 € de recette publicitaire mais un résultat négatif de 290 000 €.

J’espère que plus d’un journaliste saura comprendre mon article (un panorama assez exhaustif de la presse spécialisée est abonné au site).

Et alors, les photographes dans tout ça ?

Il est important de noter que les magazines papier paient un droit de reproduction envers les photographes (le prix varie selon la taille, le nombre d’exemplaire et le nombre).

Actuarchi bénéficie d’une certaine souplesse à cet égard, je remercie les photographes pour leurs gestes, sinon, il faut compter environ 300 € par image. Il est évident qu’actuarchi ne peut se permettre d’y contribuer.

Je ne serais par contre le fait de payer des droits de reproduction si je le pouvais mais aujourd’hui le marché n’est pas prêt. D’une part, sans même à avoir ces frais à payer, les sites ne sont pas rentables, d’autre part tous les sites doivent être sur un pied d’égalité, enfin les prix actuels ne conviennent pas au web.

Oubliez la publicité

Je ne crois pas en la publicité. Installez-vous les fenêtres que vous avez vues dans une publicité ?

Personnellement, la publicité n’influence en rien mes achats. Je ne dis pas qu’elle est morte, seulement qu’elle n’a pas d’intérêt dans certains secteurs de marchés. Ne seriez-vous pas choqué que votre médecin vous prescrive tel médicament car il l’a vu dans une pub ? Personnellement, un architecte qui pose un revêtement de façade pour cette même raison, ça me choque tout autant.

Outre son faible intérêt, je la trouve souvent encombrante et laide. Comme vous pouvez le constater, la nouvelle version d’actuarchi fait la part belle au contenu. La taille des photographies et des plans s’adapte à tous les écrans.

Actuarchi a réussi à s’abstenir de la publicité depuis sa création, outre le bénéfice de l’expérience visiteur, c’est la liberté de rédaction qui en est préservée. Les articles influencés ou les innombrables publi-rédactionnel de certains magazines ou site internet me désolent.

Le contenu réservé

Le contenu actuellement en ligne restera libre d’accès. Le contenu publié par les contributeurs ainsi qu’Actu-Architecture Communication sera également libre. Il se peut que certains de mes articles soient en accès libre, pour le reste, il sera réservé aux abonnés.

Nota : Les articles publiés sous le nom d’Actu-Architecture Communication sont des informations que je relaye sans les modifier soit parce que je n’ai pas le temps de les traiter, soit parce que je les estime complètes et que je n’ai rien à ajouter dessus.

Perte d’audience en perspective ?

Je ne cherche pas à battre des records d’audience. Comme vous pouvez le constater, le choix des projets ne réside en rien en leur clinquant mais dans leurs intérêts architecturaux, techniques ou environnementaux. Je ne suis pas de cette élite de l’amazing architecture qui sévit chez la jeune génération. Je n’ai personne à séduire, ni fabricant, ni annonceur…

Cependant, je ne me fais que guère de souci de mon audience. Cette petite baisse pourrait s’apparenter à une sélection qualitative du lectorat.

En espérant que vous comprendrez ma démarche,

À demain pour un prochain article.