Musée d’Histoire de Marseille par Carta Associés

© Serge Demailly

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Le musée d’histoire de Marseille se situe aux pieds du centre commercial Centre Bourse, à quelques pas du vieux port. L’agence de Roland Carta avec les scénographes du Studio Adeline Rispal ont redonné un nouveau souffle à ce musée à l’occasion de Marseille-Provence 2013. À cette occasion, ils nous partagent leurs réalisations :

Le musée d’histoire de Marseille, entre port antique et Centre commercial de la Bourse.

Le site archéologique du Port antique, situé au fond du Vieux-Port de Marseille, est la preuve matérielle de l’origine grecque de la ville dès 600 avant Jésus-Christ.

© Carta Associés

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En 1967, lors de travaux d’aménagement du quartier de la Bourse, les fouilles ont mis au jour le Port antique de Marseille : nécropole et remparts d’époque grecque, quai, bassin d’eau douce, voie dallée d’époque romaine. Un musée a été intégré au rez-de-jardin sous le centre commercial et ouvert au public en 1983.

Le projet de rénovation et d’agrandissement du musée lancé par la ville de Marseille a porté sur la restructuration des espaces sur une surface de 6 300 mètres carrés, dont 3 380 mètres carrés d’exposition permanente, agrandie sur deux des trois niveaux du socle inoccupé du Centre méditerranéen du commerce international (CMCI) bordant le site au nord.

Les visiteurs peuvent aujourd’hui accéder au musée par deux entrées : l’une donne sur l’accueil-boutique haut depuis la galerie principale du centre commercial, l’autre sur l’accueil billetterie bas depuis le baladoir d’accès au centre commercial connecté à la rue Henri-Barbusse au sud du site. Ce second hall du rez-de-jardin, relié au premier par escalier et ascenseur, dessert le jardin des Vestiges, l’entrée dans les salles d’exposition permanente, les salles d’exposition temporaire ainsi que l’auditorium.

Cette cohabitation inhabituelle entre un équipement muséal et un centre commercial est une chance pour le musée, celle d’attirer de nouveaux visiteurs en rendant davantage visible le musée depuis le centre commercial.

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Le Port antique et le centre commercial ne sont-ils pas tous les deux des lieux d’échange de marchandises ?

Le site archéologique est en soit un objet exceptionnel, placé au coeur du dispositif muséal et muséographique. La façade qui le ceint sur trois côtés, le détache de son environnement architectural (Centre Bourse, CMCI, tours) et donne une lisibilité à l’ensemble muséal.

Le baladoir situé au niveau urbain actuel (cours Belsunce, Centre Bourse), est rénové, incorporé au musée et en devient la circulation principale en surplomb sur le jardin des Vestiges, tout comme un quai s’élève au-dessus de l’eau et dessert les diverses fonctions d’un port.

De l’intérieur, la nouvelle façade du baladoir met le jardin sous vitrine pour permettre de mieux le regarder, d’en percer les mystères.

Avec cette réalisation, la ville de Marseille souhaite rendre visible le lien qu’elle entretient avec son histoire multiséculaire, rappeler à tous qu’elle est un très vieux carrefour et restaurer, pour chacun de ses habitants, le goût et la fierté de ses origines.

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Le programme scientifique fait apparaître une dimension politique plus vaste et plus profonde, car Marseille a parfois précédé, souvent illustré et toujours accompagné, les changements d’époques, c’est-à-dire l’évolution permanente qui a caractérisé l’Europe et la Méditerranée : des origines, la Cité (grecque) puis l’Empire (romain), l’Église qui en prit la suite, et enfin la Nation, jusqu’à aujourd’hui.

Tout au long du parcours, à travers les témoignages archéologiques qui y sont exposés, ce musée retrace l’histoire politique, économique, mais aussi intellectuelle et religieuse de Marseille, en la rattachant sans cesse à ses transformations, et en proposant un éclairage sur la question de l’identité de la ville et de sa gouvernance.

© Carta Associés

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Cette réalisation prend en compte :

L’urbanité

Le musée est un édifice dans un espace public, il donne ainsi une vision de la ville qui dépasse le bâtiment proprement dit, pour affirmer une stratification urbaine, héritée du passé et en transformation pour l’avenir.

À l’articulation du Lacydon, et du quartier baroque de Belsunce, le musée d’Histoire est localisé au croisement du Centre Bourse et du CMCI, dans un espace modelé sans cesse par l’homme.

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Ce musée trouve ici sa vraie place, dans un lieu qui témoigne de la croissance de la ville, de sa transformation, de ses contradictions et de ses renaissances.

Le monument

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Le Port antique, le jardin des Vestiges, confirment la pertinence du choix du lieu. C’est un vestige puissant qui devient également une représentation moderne. Il organise le musée de façon quasi cistercienne, l’inonde de lumière, mais rappelle que l’eau, maîtrisée par l’homme, a été, ici, à l’origine de la sédentarisation de la ville, de sa prospérité économique, et de son embellissement.

Le programme architectural pose la question de l’extension du musée.

Les lieux proposés à transformation souffraient d’un déficit de profondeur et de hauteur sous plafond, notamment sur l’aile nord (CMCI), il existait une dichotomie entre l’ambition du programme scientifique et la surface disponible : « trop d’objets, pas assez d’espace ».

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La réponse de l’équipe de maîtrise d’œuvre a consisté à :

→ trouver une double hauteur en créant un avant-plan circulatoire sur l’aile CMCI, en annexant le baladoir ouest, en investissant la triple hauteur sous la verrière pour y loger le centre de documentation, en dilatant l’espace rez-de-jardin entre l’entrée actuelle et l’escalier de secours du parking pour améliorer l’espace d’accueil. Cela a permis de générer des respirations, de faire varier les hauteurs, de créer des surprises pour affirmer des séquences muséales fortes.

→ la localisation de l’auditorium et de ses ateliers a fait l’objet d’un travail minutieux, tenant compte du déroulement muséal qui joue sur des temps de visite différents.

L’organisation des plans par strates obéit donc à la chronologie des séquences, à la fluidité des parcours, au plaisir des déambulations autour du Port antique partout visible : face à lui, le rez-de-jardin déploie les séquences 0 à 6, puis l’entresol celles allant de 7 à 9, enfin le niveau 1 celles allant de 10 à 13.

Les flux de circulation

C’est l’un des enjeux essentiels de la réussite de cette réalisation et aussi sa principale difficulté car le parcours muséal est ambitieux, la priorité a été donc donnée à sa fluidité.

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Ce musée ne propose pas une seule entrée, mais plusieurs, double métaphore du carrefour qu’est toujours un port et de la structure ville haute / ville basse.

Les visiteurs entrent par le bas et par le haut, par la mer et par la terre, pour rappeler que Marseille s’est créée du mariage de l’une et de l’autre.

Le hall qui accueille le flux du baladoir sud et celui du centre commercial, est largement ouvert sur la galerie marchande, les visiteurs y pénètrent comme dans une boutique. L’accueil général est situé un niveau plus bas, au jardin, accessible depuis l’avenue Henri-Barbusse.

Un jeu d’escaliers et d’ascenseurs glissés derrière une paroi vitrée qui longe le bassin d’eau douce, permet de mettre l’un et l’autre en relation, de manière efficace et agréable. Au cours de la visite, les différents niveaux et demi-niveaux sont reliés par des escaliers en double ou demi-volée et par des ascenseurs et monte-handicapés pour les personnes à mobilité réduite.

Le baladoir ouest, balcon ouvert sur les séquences les plus prestigieuses du musée (épave de la Bourse et site Malaval), assure le terme du parcours vers le hall.

© Carta Associés

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Le baladoir nord au niveau 2 permet de desservir, en dehors des heures d’ouverture du musée, le centre de documentation, depuis l’avenue Henri-Barbusse.

Les flux de services s’organisent à partir de la zone logistique du parking à rez-de-jardin.

La façade

Pour révéler le musée, autour du Port antique, et à travers un dispositif architectural aussi hétéroclite que le Centre Bourse et le CMCI, l’expression de la façade, d’une longueur de 260 mètres pour compenser une hauteur de sept mètres, inspire le calme et la discrétion, un sens de l’intériorité et crée un cadre minimaliste et compréhensible. Dans un contexte de bureaux et de centre commercial datés, une « façade filtre » donne un sens lumineux à l’espace intérieur.

Ce long ruban opalescent est constitué de vitrages toute hauteur, calepinés avec précision, à la sérigraphie d’émail blanc qui contrôle les apports solaires et dont le dessin est directement inspiré de l’eau. La façade fait varier la transparence, la translucidité ou l’opacité, en fonction des oeuvres à protéger, des vues à favoriser et donne une image paisible qui épouse parfaitement la topographie du jardin. Elle semble ainsi naître du jardin et règle de façon précise son couronnement sur le chêneau de la façade de béton ocre du Centre Bourse, et son pied sur celui du mur de Crinas.

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Le ruban se prolonge ensuite pour former le garde-corps du baladoir sud dont la face intérieure est revêtue d’un vêtage d’aluminium blanc faisant alterner brillance et matité. La façade du rez-de-jardin y est, quant à elle, traitée en vitrage extra-blanc dont les volumes de grandes dimensions sont collés bord à bord afin de favoriser la vue du jardin depuis l’intérieur, perçu dans un cadrage horizontal qui en accentue la lecture.

La couleur

Au même titre que le contrôle de la lumière, celui du paysage chromatique est une dimension essentielle de l’esthétique muséale, de la sérénité qui en émane. Il est ici la conséquence directe du choix des matériaux constitutifs de l’enveloppe (façades blanches, sol de béton gris, murs et plafonds blancs et noirs) et de celui du cadre neutre, pour l’exposition des objets, abstraction moderne qui vient en opposition avec la polychromie agressive de la galerie marchande et en accompagnement de celle du paysage ruiniforme de pierre blonde du Port antique.

Du noir au blanc, en passant par toutes les nuances de gris, le musée s’impose un choix chromatique qui accentue la distance dans le temps et laisse aux objets la première place.

Trois niveaux d’expositions

Les salles d’exposition permanente ont été implantées en contact direct avec le site archéologique sur trois niveaux. Au rez-de-jardin, à l’est du site, les vastes espaces d’exposition d’origine, étendus sur les anciens espaces d’accueil, sont consacrés à la période antique et les niveaux un et l’entresol de l’extension au nord, visités de haut en bas, respectivement consacrés aux périodes moderne et contemporaine. Le parcours s’achève sur une salle ouverte sur l’avenir de Marseille et qui surplombe les collections spectaculaires du parcours également visibles depuis le haut et la galerie : l’épave romaine de la Bourse (vingt mètres de long) extraite de la corne du Port antique et la nécropole paléochrétienne de Malaval dont le coeur a été reconstitué à partir des sarcophages originaux.

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Marseille, ville portuaire

Les puissantes structures qui, dans les espaces du rez-de-jardin, portent le Centre Bourse et dans le socle du CMCI, un imposant ensemble tertiaire, ont permis de signifier la dimension portuaire du lieu. Les alignements de poteaux espacés d’une dizaine de mètres et orientés perpendiculairement au site appelaient l’implantation des espaces d’exposition permanente à son contact à la manière d’un arsenal dans lequel les épaves des navires grecs et romains, fleurons de la collection du musée, trouvèrent naturellement leur place. En effet, la plus grande flottille de vaisseaux antiques au monde, entièrement restaurée, est présentée au public pour la première fois. La faible hauteur des espaces imposait des stratégies particulières pour exprimer la verticalité – sa dimension métaphysique – de l’histoire de la ville. De grandes vitrines sont installées sur toute la hauteur des espaces, elles mettent en scène la structure et renforcent le lien avec le jardin archéologique.

Par leur rythme, elles font référence aux proues des navires alignés à quai. Par leurs dimensions généreuses, elles autorisent toutes sortes de mises en scène muséographiques et garantissent flexibilité et sécurité des collections dans le temps.

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L’espace est ainsi séquencé en quatorze périodes chronologiques (en blanc) ou diachroniques (les espaces d’interprétation en gris clair) sans être cloisonné car les vitrines double-face sont poreuses au regard qui peut ainsi embrasser les nombreuses strates historiques et culturelles de la ville.

Les mobiliers muséographiques, dans et hors vitrines, sont constitués d’éléments modulables empilés à la manière de marchandises sur le port, de « ballots ». Ces éléments adaptés à l’échelle humaine font pénétrer la vie portuaire dans le musée. Écrans multimédias, tactiles, interactifs, parcours des enfants, lieux de repos pour contempler, regarder les films projetés, expérimenter, rêver… Ces mobiliers permettent de s’adapter aux besoins des visiteurs dans le temps.

Un parcours enfants composé de petits « ballots » vert d’eau ponctue chaque séquence.

Essence portuaire et spiritualité, vie politique et sociale, vie intellectuelle et artistique, temporalités diverses, celle de la mer et celle de la terre, le musée exprime toutes les facettes de la vie marseillaise.

La signalétique directionnelle et muséographique

La signalétique est un système graphique non figé permettant d’accompagner le propos et les oeuvres du musée dans la pérennité, en opposition avec la versatilité des signes environnants du centre commercial. Une construction visuelle qui repose sur la dualité de l’horizontal et du vertical révélée par les partis pris architecturaux et muséographiques. Un élément invariable – la ligne d’horizon – est démultiplié pour créer une composition généraliste dans laquelle se glisse l’information, ensuite recadrée pour délimiter le message. La signalétique muséographique s’inscrit en rouge vif sur ces mobiliers et dans un journal de visite offert aux visiteurs.

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Le numérique dans le musée.

Un vaste programme multimédia a été entrepris : une centaine d’écrans diffusent documentaires, témoignages de scientifiques, jeux interactifs, fouilles d’épave sous-marine en relief, et autres reconstitution 3D, pour rendre accessible à tous la complexité de cette histoire.

Dès l’entrée, un pan de mur s’ouvre en extra haute définition (4K) sur l’évolution du paysage et du littoral d’avant Marseille, lorsque la grotte Cosquer était encore hors d’eau.

Des écrans de réalité augmentée, sortes de fenêtres à remonter le temps, permettent par exemple de comprendre le site archéologique depuis les façades, ou de reconstituer la globalité du site de Malaval à partir des éléments présentés dans le musée.

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Les diffusions multimédias sont écoutées au moyen d’un Système d’écoute mobile (SEM). Cela évite les nuisances sonores et habille l’espace avec un design sonore discret qui évolue le long du parcours de l’antiquité jusqu’à nos jours. Les casques sont de type « ouvert » pour ne pas isoler les visiteurs, et leur permettre d’écouter tout en communicant avec leur groupe ou leur famille.

Parcours numérique dans la ville.

Le numérique étend le musée en dehors de ses murs : les visiteurs qui en sortent ne le quittent pas vraiment. Une application mobile modélise le site archéologique attenant, et l’axe antique dans le prolongement de la voie dallée qui relie désormais le musée d’Histoire de Marseille avec le MuCEM par la passerelle de l’esplanade de l’église Saint-Laurent.

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Les visiteurs qui déambulent sur le site archéologique ou dans les rues de cet axe historique se déplacent virtuellement en même temps dans des modélisations 3D reconstituées aux époques grecques, romaines et médiévales, commentées par des scientifiques. Des objets phares du musée sont relocalisés dans ces contextes 3D. Par exemple, à proximité de l’espace Bargemon-Jules Verne, la modélisation restitue in situ les épaves grecques et romaines à l’emplacement exact où elles ont été trouvées, et notamment la plus ancienne d’entre elles, cousue à la main, datant de l’époque de la création de la ville. Le lien est ainsi constamment établi entre le musée et cette promenade augmentée, qui deviennent peu à peu indissociables, et qui définissent une nouvelle forme muséale, où la scénographie déborde des bâtiments et s’étend dans le numérique mobile.

Galerie d'images, liste des intervenants et infos diverses en bas de page.

INFO DU PROJET

Entreprise du projet :

  • Maître d’œuvre : Carta Associés, Roland Carta architecte
  • Maître d’ouvrage : Ville de Marseille
  • BET : Artelia
  • BET façades : Arnauld de Bussierre
  • Architecte du patrimoine : Stéphane Baumeige
  • BET Acoustique : Atelier Rouch
  • Scénographie, muséographie : Studio Adeline Rispal
  • Ingénierie et design multimédia : InnoVision
  • Images 3D : Golem Images
  • Photographe : Serge Demailly

Calendrier du projet :

  • Date de concours : décembre 2010
  • Attribution : juin 2011
  • Date d’études : juillet 2011
  • Début des travaux : février 2012
  • Date de livraison : juillet 2013
  • Surface : 6 300 m² (surface de l’exposition permanente : 3 380 m²)
  • Budget : 19 800 000 € HT

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Programme :

Localisation :

Choix techniques :

Certifications :

Fabricant du projet :

Chiffres clefs :

Budget :

19800000

Surface :

6300

Parcelle :

Désolé, aucun fabricant ne s'est manifesté pour ce projet.

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